~ Scène qui s'est passé au niveau de la maj 81 de SOL ~ Ce que faisait Raph', pendant cette maj où on ne l'a pas vu... ~

 

 

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 ~ Cello Concerto in E minor, Op. 85, Mov. III ~ Edward Elgar ~

 


Cela fait maintenant un bon petit moment que je marche ainsi, trainant les pieds. Je ne me suis jamais senti aussi mal de toute ma vie. Parce que cette fois, je commence vraiment à le réaliser. Que je l'ai définitivement perdue. Qu'elle m'a vraiment remplacé. Le choc a été brutal. Trop, brutal. Parce que je m'y attendais, mais sans m'y attendre réellement. Après une rupture, on vit dans le déni, en s'affirmant que l'on souhaite le bonheur de l'autre, alors qu'en fait, la dernière chose que l'on désire, c'est de le voir nous remplacer. Je revois encore ses lèvres collées à celles de ce type et je me hais d'être revenu dans cette ville pour assister à ce spectacle. J'ai mal. Trop mal. Tellement mal. Il fait froid. D'un geste lent, je me renferme dans mon manteau et le remonte le plus possible. J'ai envie de pleurer. Mes yeux me picotent et je ne sais plus quoi faire. Je continue donc mon errance sur les trottoirs berlinois. Mes pas sont lourds. J'ai l'impression d'avoir un boulet d'une tonne accroché à chacune de mes chevilles. Je me dirige lentement vers l'appartement que l'on habitait. Le mien, au début. Ma garçonnière qui s'est ensuite transformée en nid d'amour. Mon coeur se serre de nouveau à ce souvenir. J'étais si heureux... Si bien. Pourquoi tout s'est finalement volatilisé?! Que m'est-il arrivé. Pourquoi ai-je fait cela. Pourquoi suis-je parti, déjà? Je me souviens. Pour la célébrité. Pour la musique. Pour mon groupe. Pour les ragots. Les rumeurs. Pour échapper à la presse. Par égoïsme. Par ignorance. Par naïveté. Par bêtise. J'ai si mal... pitié que quelqu'un me vienne en aide. Me conseille. Je n'en peux plus. Je craque. Je ne supporte plus cette solitude et ce désespoir qui m'accompagnent à chaque instant. Je suffoque, dans le gouffre dans lequel ils m'ont plongé. Je préfèrerais mourir sur le champ que continuer cette lente agonie. Je me sens seul.. Partout. À tout moment et à chaque instant, je me sens simplement seul. Isolé. Abandonné. Laissé en plan.

Je titube, et réalise soudain que mes pas m'ont enfin ramené devant notre ancien appartement. Il n'a pas changé. En si peu de temps, c'est normal, vous me direz. Ses stores sont baissés. Il n'a surement pas encore été reloué. Une larme roule le long de ma joue, je l'essuie avec hâte. Me dirige lentement vers l'un des bancs du petit jardin en bas de l'immeuble. Ce petit jardin que j'admirais si souvent de la fenêtre de mon appartement. Je tremble. De froid? Peut-être. Je n'en sais rien. Une nouvelle larme roule le long de mon visage. Je n'ai plus la force de l'essuyer. J'abaisse légèrement la tête et fixe le sol, observe les dalles avec abattement. Je me sens tellement mal. Mon estomac est plus noué que jamais, ma gorge, n'en parlons pas. Mes souvenirs se succèdent. Les uns après les autres. Je la revois, bien entendu. Elle, et rien qu'elle. Je n'en peux plus. Comment vais-je m'en sortir? J'en bave. J'endure. Je morfle. Vraiment. Je sais. L'amour fait mal et est cruel, et l'on s'en relève toujours. C'est ce que l'on dit.. Et je le sais.Mais moi, là.. Je ne vois plus d'échappatoire. Je ne ressens plus cette force-là. Celle qui vous pousse à vous relever. Je n'en peux plus. Que vais-je devenir? Je n'ai plus cette force. LA force, de continuer le chemin. Le combat. Je me sens si faible.. Je laisserais bien tout tomber. Tout.. Intégralement tout. Je ne peux plus rien. Je n'attends plus rien. Je me sais pathétique, misérable, risible, tout ce que vous voulez.. Et je me déteste d'être ainsi. Aussi amorphe et vulnérable. À enchainer dans mon mp3 des chansons d'ennio morricone qui me plombent encore plus le moral. Mais je n'y peux rien... je ne la trouve plus, cette force. Cette motivation. Je ne suis plus le Raphaël qui portait ses amis à bout de bras et était plus solide qu'un roc. Avec elle, j'ai changé. En bien, en mal.. Je n'en sais rien. En tout cas, c'est un fait, j'ai changé. Car aujourd'hui, c'est moi qui ai besoin d'aide. Aujourd'hui, c'est moi qui suis seul et désarmé. Aujourd'hui, c'est moi qui suis là, assis sur le banc du jardin de mon ancien immeuble sur Berlin. Aujourd'hui, c'est moi qui tends la main. Et aujourd'hui, personne ne me la prend. Que vais-je devenir? Personne ne me voit. Tous attendent que je me relève. Mais merde! Je ne peux plus! Je ne veux plus! J'ai mal! Ils ne le comprennent pas, ça? J'ai besoin d'aide! J'ai besoin d'aide... moi aussi. Je ne veux plus être seul. Je n'ai plus la force, d'être seul. De l'aimer. D'espérer. D'y croire. De rêver. J'ai fait des erreurs. Je voudrais passer au-dessus, oublier, arrêter d'avoir mal. Pitié! Tout ce que j'aimerai, enfin, c'est arrêter d'avoir mal. Est-ce possible? Cela me ronge. Cette douleur entre les côtes me dévore. M'empêche de respirer. De vivre. De sourire. J'abdique. Je veux mettre un terme à tout ça. Je me recroqueville sur le banc et enferme ma tête entre mes bras. Je suis roulé en boule. Ainsi, je m'endormirai bien, tiens. Je suis épuisé, mais je sais que je ne saurais trouver le sommeil. Ou alors l'éternel, que je me mets à désirer. Oui, j'en viens à le souhaiter. Si ce n'est que lui qui peut arrêter ce mal en moi qui me détruis, alors je l'accepterai avec plaisir. Je n'en peux plus... Je veux rendre les armes. J'ai tellement besoin de quelqu'un. D'aide. D'une main. Pitié. Quelqu'un. J'ai besoin de quelqu'un...N'importe. Juste quelqu'un. Pitié, quelqu'un... à l'aide. Quelqu'un...

— Bonjour monsieur, il y a un problème ? Vous avez besoin d'aide ?

Je relève la tête. Mes yeux sont emplis de larmes et je distingue avec difficultés cette silhouette arrêtée devant moi.

Quelqu'un..?